Je suis une pas fine

Je cherchais sur quoi écrire aujourd’hui et je me suis rappelée que c’est la journée #BellCause. (Ou plutôt, mon feed Facebook bien rempli sur le sujet me l’a rappelé!).

Je me considère chanceuse. Ou grande gueule peut-être tout simplement? Quand ça va pas, j’en parle. À mon chum, à ma mère, à vous autres. Plus d’une fois, en fait chaque fois, où ça n’allait pas dans ma vie, je suis venue en parler ouvertement ici. C’est certain qu’une part de moi le fait pour aller chercher du support et ça me sert un peu de thérapie, mais une bonne part de moi le fait aussi simplement parce que dans la vie, c’est normal que ça n’aille pas toujours bien. Qu’on ait des bas, des moments de doutes, de fatigue extrême, de stress. Et faut pas garder ça en dedans. Je me dis qu’en le racontant publiquement, ça peut, peut-être, faire du bien à quelques personnes, qu’elles voient qu’elles ne sont pas seules là-dedans. Il faut en parler et le montrer. Il faut casser le cycle malsain des médias sociaux de “OMG MA VIE EST TROP NICE TOUT VA TROP BIEN”.

Je suis chanceuse parce que c’est périodes moins faciles n’ont jamais été plus que ça. Je finis par m’en sortir, par aller mieux, par trouver des pistes de solutions pour faire les changements nécessaires dans ma vie pour être mieux (comme sacrer mon camp au Nicaragua). C’est dans mon caractère : je ne tolère pas d’être malheureuse. En tout cas, pas longtemps. Mon instinct me pousse à faire des gros moves qui font peur. Mais si je ne les fais pas, je sais ce qui me guette. Alors, je fonce, sans trop regarder en arrière.

Avec une petite fille qui s’en vient très vite, je me doute que ça achève de vivre d’instinct comme ça. Ça va toujours rester en moi, mais je veux dire, je ne pourrai plus décider sur un 10 cenne de faire un gros changement de vie. Je vais toujours devoir penser à l’impact que ça aura sur notre fille.

Je réalise donc que mes beaux discours de “self help” et “quand on veut tout est possible” ont malheureusement leur limite. Des fois, on n’a pas le choix de garder la job de marde qu’on hait, parce qu’on n’a pas le choix de mettre de la bouffe sur la table de notre famille. Des fois (hum, pas mal tout le temps j’imagine!), on ne peut pas déménager à l’étranger sur un coup de tête, parce que ça se fait pas sortir la petite de l’école en milieu d’année scolaire.

Donc aujourd’hui, je veux juste m’excuser pour ma non-compréhension. De la dépression, y’en a dans mon entourage. J’essaie vraiment d’être compréhensive, patiente, tolérante. Mais je ne le suis plus. Je suis une pas fine pour ça.

J’ai tellement l’attitude du “botte toi le cul ça va aller mieux” et “aide-toi, fais des changements concrets, vis la ta vie de rêve, COME ON!” que j’oublie trop facilement que c’est une maladie, que ce n’est pas leur faute. Que même si des journées ils pètent la forme, ça n’enlève rien au fait que la dépression est bel et bien là et peut refaire surface, n’importe quand.

Et que quand quelqu’un dit “j’ai juste envie de sacrer mon camp et d’aller vivre ailleurs”, la personne n’a pas nécessairement envie de se faire dire “ben enwèye, qu’est-ce qui t’en empêche!?” (ma réponse, toujours.)

Si je peux juste essayer de dire une chose aujourd’hui (ok, deux) : c’est que d’abord, faut pas se gêner pour le dire quand ça ne va pas.

Et deuxièmement : faut arrêter de juger les gens en dépression.

Et je m’inclus là-dedans han! Moi qui se croit un modèle de tolérance et d’ouverture, je vous l’avoue. J’ai souvent levé les yeux aux ciel en entendant quelqu’un de dépressif soupirer pour aucune raison. J’ai souvent pogné les nerfs en l’entendant se plaindre de quelque chose pour la 100e fois. Abandonné de l’aider, voyant que de toute façon, la personne n’écoute pas mes conseils et reste dans ses mauvais patterns.

J’oublie tout le temps : c’est une maladie. Je ne pogne pas les nerfs après quelqu’un qui a le cancer. Mais une dépression, oui :( C’est bête, non?

On parle de plus en plus ouvertement de la dépression et des maladies mentales, mais le fond du problème ne se règle pas : la dépression ça sonne honteux, par notre faute à nous tous.

Alors, et là pas juste aujourd’hui, si vous avez quelqu’un de dépressif dans votre entourage, gardez vos conseils à la con, tournez votre langue 7 fois avant de lui répondre. Écoutez. Acquiescez. Demandez comment vont les rencontres avec son psy. Si ça lui fait du bien. Dites-lui que vous l’aimez.

C’est tout.

Faut arrêter d’être pas fins avec les gens dépressifs.

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